
Mardi matin,
Il est 7h40 et je suis encore à la bourre.
La douche froide et le croissant n'ont pas dissipés le brouillard qui m'entoure et me pique les yeux.
C'est un de ces matins où le moindre de tes gestes se fait au ralenti, tout marche de travers.
"C'est un de ces matins où l'on resterait bien dans son lit" entend t'on souvent.
Attrapant mon vieux vélo sans vitesse qui couine toujours quand je l'enfourche à la façon d'un Zorro sur son cheval, je slalomme entre les passants endormis sur le trottoir glissant et macabre de la rue de la gare lorsque,
J'aperçois cet homme.
Grimace-t'il ? Est-ce un sourire ?
Toujours est-il qu'il me regarde.
Accrochant ma carcasse de vélo à une rembarde aussi rouillée et décrépite qu'une vieille ancre laissée au fond de l'océan au temps des pirates,
Il me tracasse.
Gisant à deux pas d'une poubelle remplit de milliards de petites choses, il n'a trouvé de place que sur le sol détrempé, entre un vieux chewing-gum aplati et une crotte d'oiseau ( encore fraîche ).
Est-il tombé d'une poche ?
L'a-t'on abandonné ?
Mais pourquoi ne pas l'avoir détruit ?
Que fait-il ? Qu'attend t'il ?
Merde ! Mon RER !
Saisissant délicatement ce personnage aux 4 visages, je le glisse dans la poche de mon veston.
Le dévisageant tout le long du trajet, je n'ai pas réussi à découvrir son secret.
En rentrant, je l'ai scotché sur mon mur, au-dessus du bureau.
Il n'est plus seul, et moi non plus.

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